VISAGES/FRONTIÈRES

Les activités du Trinkhall s’organisent autour de thématiques annuelles. En suscitant dialogues, expériences et confrontations, celles-ci permettront de développer et de renouveler très souplement, de saison en saison, le projet des arts situés. Le Trinkhall est un lieu de vie, d’émotion et de pensée ouvert sur la ville et sur le monde, un lieu d’émulation où s’éprouvent la nécessité de l’art et ses multiples dimensions. Expositions, productions d’ateliers, publications, résidences d’artistes, causeries, concerts, projections, spectacles ou performances jalonnent les saisons du Trinkhall et tissent, au départ de la collection, un riche et durable maillage de partenariats avec des musées, des institutions culturelles, des artistes, des écrivains, des chercheurs. Au cœur du musée, l’exposition thématique qui ouvre chaque saison est un foyer de rayonnements, le point d’appui d’où se pensent les activités et la plupart des collaborations du musée.

La première saison est consacrée à la thématique du visage. La collection en offre une illustration extraordinairement diverse et d’une bouleversante intensité – comme si, dans le refuge des ateliers, pouvait depuis quarante ans librement se déployer la question même de l’identité. Les images et les sculptures de la collection paraissent traverser toute l’histoire de l’art, hantée, depuis les origines et jusqu’à aujourd’hui, par la figuration des visages. Encore ne sont-ce pas les formes affirmatives ou les plus communément célébratives de la visagéité qui sont ici données à voir, mais toutes ses déclinaisons interrogatives. Les visages de la collection traversent les frontières de l’identité, ils s’effacent, se dédoublent, se déchirent, s’emboîtent ou se multiplient, choses parmi les choses, témoins d’existences fragiles et fragmentées, inquiètes ou jubilantes, emportées dans le mouvement perpétuel des environnements où elles se tiennent. Qu’est-ce qu’un visage ? Qu’est-ce qu’être soi ? Au cœur du musée, les visages de la collection – ceux d’Inès Andouche, d‘Antonio Brizzolari, de Mawuena Kattah, de Pascale Vincke et de tant d’autres - dialoguent avec un crâne surmodelé de Nouvelle-Guinée - Papouasie, un autoportrait de Rembrandt, une figure bricolée de Louis Pons, une lithographie de Bengt Lindström ou de James Ensor, … Nous avons invité, également, des artistes contemporains qui reprennent en images les questions que leur adressent les visages de la collection. Thomas Chable, Hélène Tilman, Anne de Gelas, Dany Danino ou Yvon Vandycke interviennent dans les murs du musée en proposant, chacun, une œuvre qui relaie la thématique du visage. Enfin, des productions du Créahm, conçues et réalisées spécialement pour l’ouverture du musée, inscrivent au plus vif de notre démarche l’art des ateliers tel que, sans cesse, il émerge. Le programme d’expositions « visages/frontières » est une machine à éprouver, à vivre et à penser les vertiges de l’identité.

Les monographiques

Au rez-de-chaussée du Trinkhall, une salle est réservée aux « monographiques » : des expositions qui, tous les six mois, mettent à l’honneur un artiste travaillant en atelier, en Belgique ou à l’étranger. Le Trinkhall est au service des ateliers et des formes expressives qui s’y déploient. Les trois premières monographiques feront connaître des artistes de quelques ateliers phares – La Pommeraie (Beloeil), La S Grand atelier (Vielsam) et le Créahm-Bruxelles -, avec lesquels le Trinkhall entretient des relations tout électives. La première des monographiques est consacrée à Jean-Michel Wuilbeaux, artiste de Valenciennes, résident de la Pommeraie où il développe depuis une trentaine d’années une œuvre d’une exceptionnelle densité. Œuvre peinte, mais écrite également, à même la toile ou sur des feuilles volantes. Les mots de Jean-Michel Wuilbeaux courent en liberté parmi les consciences et les idées reçues. L’ouverture du musée sera l’occasion de leur donner leur plein volume grâce à la lecture qu’en fera Thierry Devillers, accompagné par la musique de Steve Houben et d’Étienne Plumer. Par la suite, la salle des monographiques accueillera les œuvres de Pierre de Peet (dès octobre 2020) et d’Adolpho Avril (dès mars 2021).

LES EXPOSITIONS PARTENAIRES

Les artistes invités à dialoguer avec les images de la collection déploient également leurs interventions dans le cadre d’expositions, individuelles cette fois, en différents lieux qui créent, autour du Trinkhall, tout un réseau de partenariats : La Boverie, le Théâtre de Liège, l’Émulation, la Cité Miroir, la galerie Quai 4 ou le centre wallon d’art contemporain à la Châtaigneraie. En outre se tient au musée Curtius une exposition intitulée « Génies du lieu ». Elle a pour objet, non seulement le nouveau bâtiment du Trinkhall, mais ceux qui l’ont précédé, les liens qui les unissent, leur histoire, la ligne de crête qui, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, permet de penser le musée, le lieu où il se tient, dans la perspective ouverte des arts situés. Deux musées liégeois – La Boverie et le musée Wittert – accueillent encore des expositions qui, au départ de leurs propres collections, suivent le fil tendu du visage. On y voit des peintures de James Ensor et de Pablo Picasso, des gravures de Dürer, d’Alechinsky ou de Goya, qui sont mises en regard de quelques pièces du Trinkhall, déplaçant, inversant en quelque sorte le dispositif mis en place au musée. Les expositions partenaires, quel qu’en soit l’objet, créent au cœur de la ville de nouveaux parcours d’émotion et de sens.