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Alain Meert, s.t., acrylique, 271 x 170 cm. Atelier Créahm région wallonne, Liège (B). Collection Trinkhall museum

"Sans titre", 9ème Biennale Hors Normes - Lyon

Le projet d’exposition “sans titre” est né, au temps du coronavirus, dans l’enthousiasme de conversations virtuelles assemblant malgré tout, entre Lyon et Liège, entre la BHN et le Trinkhall, un désir d’existence et de partage. De quoi sommes-nous orphelins ? Des lieux où ne pouvons plus aller ? Mais le confinement auquel nous sommes douloureusement réduits nous invite à repenser l’existence au départ de l’idée des confins, qui évoque à la fois les limites et les lointains. Exister est le verbe qui désigne l’action de se projeter hors de soi, hors de l’endroit où, simplement, l’on se tient. L’existence est une pratique de l’écart. Elle suppose à la fois l’ancrage et l’envol : le mouvement d’une flèche et sa cible indéterminée ! Ce que nous appelons « art » n’est pas autre chose que cela. L’atelier, à nos yeux, en est le laboratoire privilégié, le lieu d’un commun où doucement, silencieusement, naissent les envols, lucioles et libellules dont nos rêves sont peuplés. L’atelier est le lieu d’élection qui permet, bien au-delà de lui-même, de réfléchir et d’éprouver la condition artistique. Les ateliers, à travers le monde, métamorphosent en puissances les fragilités qu’ils accueillent. 

 

Le Trinkhall abrite plus de trois mille pièces réalisées par des personnes fragiles en contexte d’atelier. Elles viennent du monde entier et ont été patiemment collectées au cours des quarante dernières années. Nous en sommes les gardiens, comme d’un phare éclairant nos inquiétudes et nos espérances d’exister. Aujourd’hui, notre collection s’enrichit de l’œuvre de cinq artistes des ateliers du Créahm Liège (Créativité et handicap mental), avec lesquels le Trinkhall entretient des relations tout électives. Cinq artistes qui ont très fortement marqué l’histoire du Créahm : ensemble et chacun en leur lieu, ils disent, depuis plus de trente ans, la puissance expressive des mondes fragiles. Anny Servais, Patrick Hanocq, Pascal Tassini, Alain Meert et Michel Petiniot, comme la plupart des auteurs d’atelier, ne donnent pas de titre à leurs œuvres. Est-ce d’être indifférents à ce qu’elles peuvent devenir ? Est-ce d’être, eux-mêmes, sans titre ni qualité de convention, comme désencombrés du souci de plaire ou du fardeau d’être soi ? Est-ce d’être ainsi, oeuvrant heure après heure, jour après jour, année après année, au cœur battant du geste d’exister, dont ils disent à la fois la liberté et l’ascèse? Sans titre en bannière, le Trinkhall fait voyage à Lyon !

 

https://www.art-horslesnormes.org

Yvon Vandycke, Bobo, Peinture, huile et acrylique sur papier marouflé sur bois - Collection privée.

V comme visages, V comme Vandycke - à La Boverie

 

Yvon Vandycke est un peintre expressionniste montois. L’année 2020 correspond au vingtième anniversaire de son décès. C’est l’occasion, pour nous, de rendre justice à cette œuvre trop peu connue en Belgique, en organisant, au musée de la Boverie, une vaste exposition rétrospective. Dans l’œuvre de Vandycke, la condition du corps occupe autant les textes que la peinture, la gravure, le dessin. Le visage tient une place curieuse dans ce contact avec les désordres, les révoltes, les fraternités et les magnificences du corps. Frontière, il est premier : il montre et il cache. Il aveugle aussi au point de disparaître parfois du corps des femmes, femmes sans tête, femmes de dos… Ou, au contraire, il contamine toutes les formes, glissant des yeux dans les plis d'un ventre, dans un fond hanté, dans la figure des rêves.

www.laboverie.com

Pulp(e), 2019. Crédit : Dany Danino.

En abyme - Dany Danino, au Théâtre de Liège

 

Pour l’ouverture du Trinkhall, le Théâtre de Liège accueille une exposition monographique de Dany Danino. Il est artisan autant qu’artiste contemporain. Il manie et actualise avec beaucoup de sensibilité impressions lithographiques et sérigraphiques, tout en pratiquant le dessin de manière éblouissante, à la pointe sèche, au feutre, au Bic ou à la plume, presque toujours en bleu, couleur-fétiche dont il exploite toutes les nuances. Les motifs qui traversent son iconographie singulière (crânes humains ou animaux, fœtus, portraits déformés, gueules cassées, etc.) mettent en trouble la notion même de visage, confrontent celui-ci à sa vanité, à son animalité, à son étrangeté parfois fantastique, à son évanescence. La scénographie opte pour un accrochage léger de voiles suspendus avec impressions, constituant un espace semi-transparent dans lequel le spectateur peut pénétrer et déambuler à sa guise.

www.theatredeliege.be

Luc Boulangé et Samuel Carriaux, s.t., 40x60, brou de noix et acrylique, collection privée.

Z’avez pas vu Mirza ? - Luc Boulangé, chez Amour Maracas et Salami

 

Les animateurs d’ateliers sont également des artistes. Ils déploient souvent comme en miroir une œuvre intensément imprégnée de l’expérience qui les lient aux artistes qu’ils accompagnent parfois pendant de très longues années. Qui est le maître de qui ? Nous voulons, au Trinkhall, donner sens à ces influences et à ces contiguïtés singulières. Luc Boulangé, fondateur du Créahm, présente ici quelques aspects d’une œuvre plastique qui ne cesse, depuis quarante ans, d’être bouleversée au contact des artistes porteurs d’un handicap mental.